16 janvier 2008
légende d'école
Une institutrice, pour avoir la tranquilité
pendant l'après midi demande à ses élèves d'écrire les nombres de 1 à
100 puis de les additionner.
Trois comportements se détachent alors:
-Les
élèves studieux et bien élevés, qui feront 20 ans plus tard ingénieurs,
avocats pompeux ou médecins besogneux se mettent immédiatement à la
tache:
1+2=3
3+3=6
6+4=10
...
3240+81=3321
...
Face
à ces grands nombres, que tout besogneux soient-ils, ils ne maitrisent
pas, l'élève studieux est pris d'un malaise qu'il ressentira souvent,
quelques soient ses notes: le malaise de l'echec qui lui fermera les
portes de son glorieux destin d'élite...
-Les baladins, qui, 20 ans
plus tard deviendront souvent des gens très frequentables, et qui
devant un travail perçu comme arbitraire et inutile ne ressentent que
colère et gachi de temps, et n'ont comme solution à l'exercice-punition
que le déchirerement de leurs cahiers et le foutage de bordel, forçant
ainsi l'instit à devenir depressive, hysterique aigris ou pédophobe.
-Enfin,
plus rare, les rêveurs, qui 20 ans plus tard deviendront des utopistes,
et qui vous répondront, si leurs métiers est casseur de pierres, qu'ils
construisent des cathédrales, s'efforçant ainsi de trouver le bonheur
même dans les instants les plus pénibles de la vie. Le travail proposé
par l'institutrice n'est pas passionnant, l'élève rêveur sent déjà
l'angoisse lorsqu'il arrivera à 70 ou 80, un travail si pénible,
demandant tant d'investissement sans garantie de réussite est
décourageant. Le chemin de 1 à 100 est un chemin naturel, mais ce n'est
pas l'unique, peut être y en a t il un meilleur.
L'élève rêveur choisit donc de faire des spirales, il écrit:
1+100=101
2+99=101
3+98=101
...
49+52=101
50+51=101
il a terminé!
En
barrant au fur et à mesure les chiffres additionnés, il est sûr de n'en
avoir oublié aucun. Il a donc 50 fois trouvé le nombre 101. Donc la
somme des 100 premiers chiffres vaut 101*50=100*50+50=5050.
l'école
démocratique républicaine ne doit pas être celle d'un égalitarisme
sauvage, mais ce doit être celle qui protège et exploite au mieux la
diversité intellectuelle de chacun.
Que doit être le but d'un enseignant sinon celui d'enroler ses élèves dans la troisième catégorie?
Aujourd'hui
les élèves apprennent pour avoir une bonne note et passer dans la
classe superieure. Ils apprennent et oublient. En terminal, on apprend
que la somme des n premiers entiers est égale à n(n+1)/2. Les futurs
bacheliers l'apprennent par coeur pour le bac puis l'oublient.
Les
enseignants normalisent sans passion leur enseignements, et méprisent
ceux qui sont en dehors de la première catégorie, celle des élèves
studieux et soumis bien plus passionné par leur promotion, que par la
contemplation paisible et bienheureuse de plusieurs siècles de savoirs,
construits par une bandes d'utopistes en cullotes courtes.
Le
but d'un enseignant n'est pas simplement d'enseigner les méthodes, mais
aussi d'enseigner le bonheur de la recherche et du court instant de
l'échec. Notre élève rêveur doit souvent tomber sur des chemins qui le
mènent à des paradoxes et à des erreurs, mais ces paradoxes et ces
erreurs sont d'excellents moyens pour parvenir à la réflexion et à la
comprehension efficace et durable.
La normalisation du
raisonnement et de la comprehension compose l'attitude mortifère de la
masse face au savoir. Exploiter la diversité intellectuelle
est l'un des moyens les plus sûrs de construire les grandes idées
d'avenir, c'est aux enseignants d'assurer non seulement l'égalité de
tous face aux chances, mais aussi d'adapter son enseignement en
fonction de l'intelligence de chacun.
Commentaires
Tres beau texte auquel j'adhere completement.
Bonne continuation !
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